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Depuis les années 20, on a répertorié plus d’une centaine de longs-métrages tournés en partie ou intégralement en terre bretonne. D’Ouest en Est, la Bretagne attire les réalisateurs et réalisatrices du monde entier, happés par la diversité de ses paysages, sa lumière si singulière et la richesse de son patrimoine culturel. Clap sur 120 ans de cinéma.

Des premières projections à Jacques Tati

À la fin du 19me siècle, tandis que les Frères Lumière introduisent le cinéma à Paris (1895), d’autres frères, les Pipon-Pressecq, se font connaître dans le Grand Ouest. C’est à eux que l’on doit les premiers cinographoscopes, qui débarquent dès l’été 1896 à Rennes, Saint-Brieuc, Brest et Vannes. Mais c’est Nantes, véritable pôle économique de la Bretagne à l’époque, qui est la première ville de l’ouest à voir débarquer le cinéma tel qu’on le connaît aujourd’hui. Du 28 avril au 9 mai 1896 aura lieu au Café Riche, la première projection publique avec un cinématographe. Depuis, la Bretagne n’a cessé d’attirer les réalisateurs et Jacques Tati reste l’un des premiers et des plus célèbres à y avoir posé sa caméra.

La statue de Jacques Tati érigée sur la plage de Saint-Marc-sur-mer

 Nous sommes en Juin 1951 et pour son nouveau personnage poético-burlesque de Monsieur Hulot, un bourgeois facétieux et dégingandé, « un personnage que l’on pourrait croiser sans se douter que ce type va susciter des gags » nous confie Jean-Claude Chemin, auteur de l’ouvrage Et Tati créa Monsieur Hulot, le cinéaste cherche « une station balnéaire familiale qui n’est pas à la mode ». Le choix se porte alors sur Saint-Marc-sur-Mer, située entre La Baule et Saint-Nazaire, « véritable amphithéâtre avec sa plage, sa corniche et son hôtel qui a les pieds dans le sable ». Les Vacances de Monsieur Hulot a rencontré un tel succès à sa sortie en France en 1953 et en 1954 à l’étranger, que dès l’été 1954, un flot de touristes, des anglais notamment, ont afflué sur la plage du littoral breton, sur laquelle est aujourd’hui érigée une statue de Tati.

Cap sur le littoral

Plages, phares, îles, petits ports de pêche, falaises dominant la mer… On vient d’abord en Bretagne pour le littoral et sa lumière, mystique et évanescente, qui fluctue au cours des marées. « C’est toujours le Finistère qui a le vent en poupe en termes de tournage, avec 40% des jours de tournage sur le territoire en 2019 » nous confie sans jeu de mots Delphine Jouan, coordinatrice générale d’Accueil des Tournages en Bretagne, une mission de développement économique et d’aménagement culturel financée par la Région Bretagne, visant à faire la promotion du territoire et de ses talents. Avec l’arrivée récente de la ligne LGV entre Paris et Rennes, l’Ille-et-Vilaine, mais aussi le Morbihan, attirent de plus en plus de réalisateurs et réalisatrices, comme Céline Sciamma, venue poser récemment sa caméra sur la côte sauvage de Quiberon pour les scènes extérieures de son Portrait de la jeune fille en feu (2019), porté par Adèle Haenel et Noémie Merlant.

Portrait de la jeune fille en feu (2019) de Céline Sciamma

Cette année-là, Accueil des Tournages en Bretagne a accompagné soixante-sept films au total, dont sept longs-métrages et onze fictions télévisées. Parmi ces dernières on peut citer le téléfilm Paris-Brest de Philippe Lioret, tourné dans le Finistère, ou encore la série policière allemande Commissaire Dupin. « Les fictions pour la télévision embauchent plus localement que la fiction pour le cinéma » nous explique Delphine Jouan. S’il n’existe pas encore de chiffres précis quant aux retombées économiques des tournages pour la région, les bienfaits sont nombreux pour la vie locale, qui s’anime lors des arrivées des équipes, qu’il faut loger et nourrir sur place. Un vivier de professionnels du cinéma et de l’audiovisuel s’agrandit d’ailleurs chaque année sur le territoire : la base de données d’Accueil des Tournages répertorie aujourd’hui plus de 400 techniciens, 270 comédiens et 90 prestataires.

Tournage de la série policière allemande Commissaire Dupin

Une pluie de stars

Des scènes mythiques du cinéma français et international sont à jamais associées au territoire breton. On se souvient notamment du duel final entre Kirk Douglas et Tony Curtis dans Les Vikings (1958), tourné au château de Fort La Latte, près du cap Fréhel, dans les Côtes-d’Armor. Quarante ans plus tard, en 1998, c’est une autre star d’Hollywood, Leonardo DiCaprio, qui viendra en territoire breton à l’occasion du tournage de L’Homme au masque de fer, dont une partie s’est déroulée à Plouezoc’h, dans la baie de Morlaix, au Château du Taureau. Du côté français, les Côtes-d’Armor et le Finistère servent de décor à la peinture de guerre de Jean-Pierre Jeunet, Un long dimanche de fiançailles (2003), avec Audrey Tautou et Gaspard Ulliel. Dix ans plus tard, pour son épopée maritime sur le Vendée Globe, En solitaire, Christophe Offenstein demande à François Cluzet de lever les voiles à Lorient.

En solitaire (2013) de Christophe Offenstein avec François Cluzet

Enfin, des réalisateurs resteront à jamais associés à la région, comme Claude Chabrol (La Cérémonie, Landru), cinéaste-phare de la Nouvelle Vague, qui a tourné sept films en Bretagne, ou Jacques Demy (Les Parapluies de Cherbourg, Lola), surnommé le cinéaste de Nantes. Du côté des acteurs mythiques, on se souvient de Jean-Pierre Marielle dans le grivois Les Galettes de Pont-Aven (1975) ou encore d’Annie Girardot et d’Alain Delon, dévalant complètement nus les dunes de la plage de Donnant, à Belle-Ile, pour Traitement de Choc (1973). Arletty tombera amoureuse de Belle-Ile, où elle y achètera une maison. Quant à Jean Gabin, il a eu pour ultime volonté de faire disperser ses cendres au large de Brest. Les histoires d’amour avec la Bretagne, devant et derrière les écrans, ne sont pas prêtes de s’éteindre. Et comme toute première histoire d’amour, on ne l’oublie jamais. Clap de fin.

Article initialement publié par la moitié des Bretons Voyageurs (Marie Ponchel) dans Ouest Magazine n°14.

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